Musée Magnin : Exquises esquisses Du projet à la réalisation du 18/11/2017 au 18/03/2018
week-end
4 rue des Bons-Enfants 21 000 Dijon



L’esquisse peinte, première notation et aperçu général d’une composition, naît chez les peintres vénitiens de la Renaissance. Elle est parfois suivie d’un modèle, esquisse aboutie et étape intermédiaire entre la première pensée et la réalisation finale. À partir du deuxième tiers du XVIIIe siècle et sous l’effet d’une évolution générale de la sensibilité, le processus d’élaboration de l’œuvre suscite l’intérêt de l’amateur.



Les trois facultés de l’âme – la raison, l’imagination, la mémoire – sont censées entrer en compte dans la fabrication d’un tableau ; l’esquisse serait la pure expression de l’imagination et parlerait à l’imaginaire du spectateur. Les qualités propres de l’artiste, son «génie» se révéleraient surtout dans les esquisses.


Le dernier tiers du XVIIIe connaît ainsi une flambée d’intérêt pour le «feu» et la «chaleur» de la première pensée. Simultanément, et cela jusqu’au XIXe siècle inclus, les détracteurs de l’esquisse et de ses prolongements esthétiques – l’ébauche comme style – font valoir les dangers d’un exercice nuisible à la fécondité et l’illusion de la facilité. Ces pratiques et débats forment la toile de fond de l’exposition.


La collection Magnin est riche en esquisses peintes : réflexe d’amateur à la recherche de petits formats sans doute. Mais il y a plus : la dominante de terres cuites dans la partie sculptée de la collection, la prégnance de l’ébauche parmi les peintures du XVIIIe siècle, la présence d’esquisses issues des concours du XIXe siècle de l’École des beaux-arts, les assez nombreuses peintures à la facture rapide ou enlevée de la collection sont autant d’indices d’un réel intérêt dont il convenait de témoigner.


Le choix a été fait de s’en tenir au petit nombre d’esquisses et modelli dont la réalisation correspondante est localisée, en bon état et déplaçable, afin de confronter systématiquement la première pensée et l’œuvre aboutie.


Cette présentation est l’occasion de s’interroger à nouveau sur certains aspects de la controverse ; on constate que la «chaleur» de l’ébauche n’a pas toujours pour contrepoint la «fadeur» du résultat et que si l’œil (moderne) succombe aux charmes du work in progress, le fini de l’œuvre aboutie peut être plus satisfaisant pour l’esprit. La confrontation est aussi l’occasion de constater la variable distance qui sépare le début de la fin du projet.



Treize «paires» de peintures et une tapisserie sont ainsi formées, allant de l’atelier de Rubens à Ferdinand Humbert, souvent spectaculaires par la différence de formats entre l’esquisse ou le modèle et l’œuvre finale. Les esquisses dont la composition finale n’a pu être présentée sont exposées au premier étage, accompagnées de la reproduction photographique de la peinture finale. Enfin, les autres esquisses peintes de la collection dont les réalisations finales sont soit inconnues ou non localisées soit n’ont jamais existé, sont également exposées, sur le mode dense d’un cabinet d’amateur, qui demeure l’âme de ce musée de collectionneur.